De Wissant au cap Gris-Nez à vélo, une boucle entre falaises et villages

De Wissant au cap Gris-Nez à vélo, une boucle entre falaises et villages

On quitte la digue de Wissant tôt, quand le parking du front de mer est encore vide et que la plage appartient aux promeneurs de chiens. La baie s’étire entre deux caps, le Blanc-Nez d’un côté, le Gris-Nez de l’autre, et c’est vers le second qu’on part ce matin. La sortie n’a rien d’une étape de montagne, mais elle a son caractère : peu de dénivelé, beaucoup de vent, et des paysages qui obligent à s’arrêter plus souvent que prévu.

Regarder le vent avant de regarder la carte

Sur cette côte, le vent décide de la journée bien plus que les montées. Avant de partir, regardez sa direction autant que sa force. Le principe est simple : faire l’aller face au vent, quand les jambes sont fraîches, et rentrer avec lui dans le dos. Une boucle mal orientée transforme la fin de sortie en séance de force, sur une route sans le moindre abri, où l’on roule penché comme les arbres du littoral.

En été et les week-ends de beau temps, la route qui longe la côte se partage avec les automobilistes venus voir les caps. Partir tôt règle presque tout. Hors saison, c’est l’inverse : la route est à vous, mais la brume de mer peut tomber vite. Un vélo de route suffit, à condition de rester sur le goudron et de laisser les chemins des dunes aux marcheurs. Dans la sacoche, pour une sortie de ce genre :

  • un coupe-vent, même en juillet ;
  • un éclairage arrière, à allumer dès que l’horizon se voile ;
  • de quoi réparer une crevaison ;
  • de l’eau et de quoi manger, sans compter sur les cafés hors saison.

Par Tardinghen, la montée vers le Gris-Nez

Au sortir de Wissant, vers le sud-ouest, la route court entre prairies et dunes, la mer sur la droite. On traverse Tardinghen, puis la pente s’installe. Rien de violent : une montée régulière et exposée, où le vent latéral fait parfois plus de dégâts que le pourcentage. C’est le moment de rester souple, de ne pas forcer sur le braquet, et de garder un œil sur les rafales qui arrivent de la mer par la droite.

Sur le haut, avant de rejoindre le cap, arrêtez-vous et retournez-vous. Derrière vous, la baie de Wissant dessine sa courbe jusqu’au Blanc-Nez, et la différence entre les deux caps saute aux yeux. Leur nom ne doit rien au hasard : le Blanc-Nez est une falaise de craie, le Gris-Nez une falaise de grès et d’argile, plus sombre, que la mer grignote peu à peu.

Le Gris-Nez se termine à pied

Au parking du site, on attache le vélo, avec un antivol léger glissé dans la sacoche, et on finit à pied jusqu’à la pointe. Les sentiers qui courent sur la falaise sont faits pour la marche, et c’est de là que le site prend toute sa mesure. Le cap Gris-Nez est le point de la côte française le plus proche de l’Angleterre : par temps clair, les falaises blanches de la côte anglaise se détachent nettement de l’autre côté du détroit. Entre les deux défilent cargos et porte-conteneurs, sur l’une des routes maritimes les plus fréquentées du monde, que surveille le CROSS installé sur le cap.

Le Gris-Nez et son voisin le Blanc-Nez forment le site des Deux-Caps, labellisé Grand Site de France. Le label distingue une gestion qui protège les paysages tout en accueillant les visiteurs. Rester sur les cheminements balisés fait partie du contrat, à vélo comme à pied.

Audresselles et Ambleteuse, pour prolonger

Si les jambes répondent, la descente vers Audresselles prolonge la sortie sans la compliquer. Le village a gardé ses flobarts, ces barques de pêche à fond plat qu’on tire sur la plage, et une atmosphère de port sans port. Un peu plus loin, Ambleteuse regarde l’estuaire de la Slack, avec son fort Vauban posé sur la plage comme une pièce d’échecs oubliée.

Pour le retour, deux options. Remonter par la côte, avec un vent qui a peut-être tourné, ou rentrer par les petites routes de l’arrière-pays, plus calmes, qui serpentent entre les champs et les fermes avant de redescendre vers Wissant. La seconde demande un peu d’orientation, mais elle offre ce que la côte refuse : de l’abri, et des routes de campagne où la circulation se fait rare. Ceux qui rêvent d’un voyage plus long noteront que la Vélomaritime, la véloroute européenne EuroVelo 4, longe ce littoral de la Manche et de la mer du Nord : elle donne un fil conducteur à qui veut enchaîner plusieurs jours de côte.

Des villages qu’on regarde autrement

C’est l’avantage du vélo sur la voiture : on a le temps de voir les maisons. Les volets clos en semaine hors saison, à Wissant notamment, où les résidences secondaires sont nombreuses. Les jardins abrités derrière des haies que le vent a sculptées. Les panneaux « à vendre » qu’on note mentalement au passage, un peu honteux de se surprendre à faire des calculs dans une descente. À force de rouler ici, la question finit par se poser : et si l’on y vivait, au moins une partie de l’année ?

La réponse commence par une idée des prix, et elle varie d’un village à l’autre. Pour Wissant, une agence de la côte publie cette analyse du marché local, qui détaille les prix par type de bien et les compare à ceux de Wimereux, d’Ambleteuse, d’Audresselles ou de Boulogne-sur-Mer. De quoi mesurer les écarts avant de s’emballer devant une façade.

Gardez le Blanc-Nez pour une autre sortie. Sa montée mérite qu’on l’aborde avec des jambes fraîches, et c’est depuis son sommet qu’on voit le mieux le chemin parcouru ce jour-là : toute la baie de Wissant et, au fond, le Gris-Nez.